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Accueil Date de création : 14/06/09 Dernière mise à jour : 18/01/10 20:19 / 15 articles publiés

Présentation...  posté le dimanche 14 juin 2009 15:17


Bonjour à vous chers visiteurs,

si vous décidez de poursuivre votre chemin ici vous pourrez lire une très modeste histoire que j'ai écrite. Elle n'est ni innovante, ni extraordinaire, ni parfaite, mais peut-être l'apprécierez vous quand même si vous recherchez un peu de surnaturel, de vampires, d'amour ou tout simplement de divertissement.

Je publie ce petit conte pour donner vie à des personnages qui hantent mon inconscient depuis quelques années déjà, pour qu'ils se matérialisent dans ce monde à travers mes mots.

Puissiez-vous les aimez autant que moi...


Bonne lecture...

 

 

 

Petite Poupée, 14 juin 2009.

 

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P.S. : mon histoire a été écrite entièrement entre mars et juin 2009, ***********************je la publierai ici au fur et à mesure,

au rythme d'un ou deux chapitres par mois.

Il va de soi que tous les droits sont réservés

et que vous ne pouvez pas vous en servir ou la publier, même partiellement,

sans mon autorisation.

Merci.

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Image de fond du blog: "La Madone" par Edvard Munch.

Image dans l'en-tête du blog: ancienne carte postale de l'opéra de Paris.

 

 

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A la sortie de l'opéra - Chapitre I  posté le dimanche 14 juin 2009 15:55

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Seule, elle erre dans les rues désertes à cette heure si tardive. Sa longue robe élimée traîne derrière elle, souillée par la boue.
En ces temps éloignés, peu de chances pour elle de survivre au-delà de trente ans avec la maladie qui la ronge et l'incendie qui a emporté sa modeste habitation, la laissant sans-le-sou et sans espoir.
Elle recueille quelques pièces ici et là, priant pour que Dieu ne l'abandonne pas et qu'elle ait peut être la chance de trouver un travail dans quelque échoppe ou maison de nobles, même si, malgré son état, elle a du mal à supporter des heures de dur labeur.
Elle n'a plus vraiment de raisons de vivre, sa famille ayant été emportée dans les flammes avec tout ce qu'elle possédait, mais elle surmonte quand même sa douleur grâce à quelques petits plaisirs simples qu'elle a su trouver dans sa morne existence.
Ainsi, en cette nuit particulièrement glaciale de fin d'automne, elle s'assied sur les marches de l'opéra, comme à son habitude.
Ce lieu si magique qui la fait rêver depuis tant d'années, avec ses mélodies envoûtantes, ses chants lyriques venus du ciel et ses symphonies grandioses, arrive à lui faire oublier la triste réalité.
Recroquevillée sur ces marches froides, elle se laisse bercer par tous ces sons qui arrivent à traverser les murs. Elle en oublie ses sombres pensées, pour rejoindre les arias célestes des musiciens enjoués.
Ce soir-là, s'attardant jusqu'à la sortie des spectateurs pour admirer tous les beaux atours multicolores de brocarts, dentelles, rubans, fourrures et bijoux des riches notables de la ville, un homme vînt lui parler.
Elle ne comprit pas d'abord qu'il lui avait adressé la parole, perdue encore dans ses rêves de soieries, pensant qu'il n'était qu'un de ses songes tant son visage paraissait irréel, voire fantomatique.
- Vous désirez un écu ma belle enfant? Répéta-t-il.
Elle ne pouvait pas articuler un mot tant elle été hébétée et en même temps ravie qu'on l'appelle ainsi, ne pensant plus être appelée de la sorte un jour. Elle avait tellement le sentiment d'être loin de l'enfance et de la beauté qu'elle sentait déjà son corps se décrépir.
- Ou...oui mon bon Seigneur, je vous en serai éternellement reconnaissante! Parvint-elle à articuler tant bien que mal.
- Je n'étais pas sûr que vous mendiiez, je ne voulais pas vous offenser. Vous sembliez juste...perdue.
- Je restais en fait ici un moment pour écouter les bribes de musique que mes pauvres oreilles arrivent à saisir. Mais quelques pièces aideraient bien ma misérable vie, mon bon Seigneur.
- Voyons, aucune vie n'est misérable ma belle enfant. Nous trouvons tous notre utilité dans ce monde.
De nouveau ce doux nom la fît sursauter, son coeur se réchauffa malgré le givre qui commençait à recouvrir les marches. Cependant, une tristesse incommensurable l'envahit au même moment, sentant le fossé immense entre leurs deux personnes.
- Pourtant il semble si cruel, nous laissant démunis, tant et si bien que nous nous sentons absolument inutiles.
- Oui, je sais bien que la dureté de la vie existe, je ne me voile pas la face, mais chacun peu trouver quelque part un peu de réconfort. Regardez, vous semblez particulièrement apprécier la musique pour rester aussi longtemps dehors par ce froid, elle doit vous aider à surmonter vos difficultés.
- Oui, je l'adore en effet, mais je n'ai cependant nulle part où rentrer, je préfère il est vrai rester ici plutôt que de me réfugier sous un porche ou un pont humide. J'arrive quelque peu à oublier ma triste condition lorsque je suis ici, et, surtout, à rêver, c'est ce qui me tient en vie...

 

 

 

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Photo: ancienne carte postale de l'opéra de Paris.

 

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Chapitre II  posté le mercredi 17 juin 2009 22:30

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- Vous me semblez bien lucide pour votre jeune âge, ma chère.
- Je ne suis pas si jeune, vous vous méprenez. Enfin, peut-être en apparence... Mais j'ai l'impression d'être vieillie par tout ce que la vie m'a fait endurer, comme si, en une année, il s'en passait dix!
- Je vois très bien ce que vous voulez dire. Le temps n'est effectivement pas toujours perçu de la même façon par tout le monde. Il est certain que le chagrin ne nous aide pas à faire passer les années plus rapidement, bien au contraire!
- Vous semblez si triste vous aussi, cela se ressent dans vos paroles et votre regard. D'ailleurs, vos yeux ont l'air translucides, comme si leur couleur avait été diluée par trop de larmes.
Un frisson glacé lui descendit le long du dos au moment où elle prononçait ces paroles. Cela en était terrifiant et agréable en même temps. Elle n'avait jamais ressenti une sensation si étrange auparavant.
- Vous lisez en moi comme dans un livre ouvert.
Il paraissait gêné, mais agréablement surpris.
- Veuillez me pardonner, je ne voulais pas vous paraître indiscrète ou impolie, je n'aurais pas dû vous dire cela.
- Il n'y a aucun mal, très chère, vous avez le droit de me dire vos impressions, je n'en suis point offensé. D'ailleurs, rares sont les personnes qui parviennent à tomber juste, les gens voient très peu au-dessous de la surface, de plus, je me suis créé une sorte de carapace, la tristesse est très mal vue dans la haute société, il faut toujours paraître enjoué et rieur si l'on ne veut pas être qualifié de "marginal".
- Cela doit effectivement vous peser énormément de dissimuler tout le temps votre vrai visage... enfin... vos émotions je voulais dire. Pardonnez-moi, je suis troublée.
Elle savait au fond qu'elle pensait à "visage", sans savoir pourquoi...
- Ce n'est rien, mais il semble que vous percevez réellement plus sur moi que je ne le pensais, cela m'intrigue, mais dès que je vous ai vu assise ici j'ai senti que vous aviez quelque chose de différent, cela doit être grâce à ça que vous discernez si bien l'âme des gens. Je ressens également énormément de tristesse en vous, elle coule dans vos veines, c'est sûrement aussi la raison qui, inconsciemment, m'a poussé à vous aborder, la douleur rapproche peut-être les individus qui la supporte en permanence.
- Il est possible, il est vrai, que Dieu puisse faire une telle chose pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas les seuls à souffrir, pour que l'on ne s'apitoie pas sur notre triste sort, car il y a certainement quelqu'un qui vit bien pire ailleurs.
- Ma belle, je ne pense pas que Dieu ait quelque chose à voir avec cela, je pensais plus à la Destinée, sans fondamentalement la rattacher à Dieu, mais s'il s'agissait de Dieu, peut-être que tout serait tellement plus simple...
- Etes-vous athée mon Seigneur?
- Ahahah!
Son rire lui transperça les os tel un vent d'hiver mais résonna dans son coeur semblable à une douce mélodie, cela lui donna une sorte de vertige, si bien qu'elle en perdit la notion du temps et de l'espace.
- Ma belle... ma belle... vous vous sentez bien?
Elle eut un sursaut, comme lorsque l'on s'éveille d'un rêve.
- Pardonnez-moi, j'ai eu une sorte d'absence.
- Avez-vous assez mangé? Vous semblez faible.
- Non, pas depuis hier soir.
Murmura-t-elle, en se rendant de nouveau compte de sa misérable condition avec une angoisse qui lui serra le coeur.
- Ma pauvre enfant, permettez-moi de vous inviter en ma demeure pour vous restaurer quelque peu.
- Je... Je ne sais pas, ce ne serait pas correct, je ne suis pas de votre rang, je suis déjà amplement heureuse que vous m'adressiez la parole, les gens de votre condition ne lèvent même pas les yeux sur moi en temps normal.
- Oubliez les conventions voyons. Nous sommes presque deux personnes identiques quelque part, nous avons vécu des choses similaires.
- Ce ne serait pas convenable et...
- Quoi donc? Vous avez peur, c'est cela?
- N... non... Mais...
- Je le sens, vous avez peur que je ne sois quelque homme malveillant. Je vous promets que vous pourrez partir dès que vous le souhaiterez, je ne fermerai même pas la porte à clé si cela peut vous rassurer. Fiez-vous à vos impressions, je suis sûr que vous en avez très envie au fond.
Elle sentit ses joues s'empourprer sans savoir pourquoi, enfin si, elle le savait mais ne voulait pas se l'avouer. Cela lui semblait si loin le jour où elle avait cru avoir le droit d'éprouver ces sentiments. Du moment où elle perdit sa famille, elle s'enferma dans un deuil permanent, ne pensant plus que l'amour pourrait  de nouveau lui être accordé un jour, elle pensait que le seul fait d'avoir survécu aux siens était un pécher et que sa tristesse inaltérable ainsi que sa vie misérable étaient sa seule façon d'expier. Mais, ce soir, elle se sentait presque coupable de ressentir cette émotion si soudaine, surtout que tous les séparaient, elle ne devait plus y penser, c'était absurde. Pourtant...
- Alors... J'accepte. Dieu vous bénisse pour votre immense amabilité!
Elle avait conscience, au fond, qu'elle n'aurait pas pu refuser son offre, comme si son avenir en dépendait. Encore une de ces intuitions qui lui arrivaient si souvent, si seulement elle avait su que celle qu'elle avait eu concernant le malheur de sa famille allait s'avérer exacte.
- Suivez moi, je vais nous trouver un fiacre, je crains que vous ne vous évanouissiez en chemin si nous partons à pieds.
Effectivement, le froid l'avait tellement engourdie qu'elle ne sentait presque plus ses jambes, pourtant elle ne s'en était pas aperçue. Le manque de nourriture et la maladie l'avait affaiblie il est vrai, mais elle savait que ce n'était pas la cause de sa faiblesse ce soir, elle se sentait plutôt comme envoûtée, de la même façon qu'elle l'était quand elle voguait dans ses douces rêveries.
Et c'était agréable... si agréable...


 

 

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Tableau: "Une mendiante" par Hugues Merle, 1861.


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Chapitre III  posté le mercredi 17 juin 2009 22:53

 

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Ils montèrent dans le fiacre, les rues étaient désertes à cette heure-ci, seuls quelques chats errants s'enfuyaient au passage des roues brinquebalantes sur le pavé humide. Ils semblaient perdus dans le dédale des rues sombres, ou peut-être en étaient-ils les gardiens? Plus ils avançaient dans les ténèbres épaisses, plus elle avait l'impression de se rapprocher d'un monde inconnu.

- Vous semblez songeuse. Si vraiment vous souhaitez partir, je peux arrêter le cocher.

- Non, ne vous inquiétez pas, je vous accompagne toujours, je songeais juste à ces rues, elles ont l'air particulièrement inhospitalières en cette heure tardive, elles semblent mener en quelque étrange royaume.

- Elles y mènent vous verrez...

- Que voulez-vous dire?

- On peut tous atteindre les royaumes de nos rêves.

- Si seulement...

- Ne soyez pas si pessimiste.

Elle n'osa plus parler pendant un moment, intriguée par les étranges paroles de sa mystérieuse rencontre. Elle se demanda encore si ce n'était pas une erreur de l'accompagner ainsi à l'aveuglette, elle avait entendu tant d'histoires sur certains nobles et leurs penchants pervers colportées par les autres mendiants. Cependant, elle n'avait toujours pas peur et ne regrettait pas d'avoir suivi cet homme, elle savait que son destin était de l'accompagner quoi qu'il puisse lui arriver. De toute façon, elle n'avait plus rien à perdre... si ce n'est sa pureté. Quitte à mourir, elle ne pensait de toute façon pas qu'on puisse la faire souffrir plus qu'elle ne souffrait déjà.

Absorbé par ses pensées, l'homme ne disait mot lui aussi. Elle eut tout le loisir d'observer plus attentivement son mystérieux bienfaiteur. Sa sublime veste de brocart luisait par moments dans l'obscurité, si bien qu'elle semblait faite de fils d'étoiles, la soie de sa chemise étincelait sur son visage, tous ses vêtements paraissaient avoir une luminosité propre, accentuant l'étrangeté de sa personne. Elle n'avait d'ailleurs pas encore osé s'attarder sur les détails de son visage, si troublée qu'elle l'avait été par ses yeux. Il s'était tourné vers la fenêtre opposée à elle, elle pouvait donc admirer à loisir sa longue chevelure auburn aux reflets dorés. Elle eût soudain envie d'y plonger ses mains pour laisser courir ses doigts à travers les mèches, en ressentir le soyeux et la douceur, puis enfouir sa tête au creux de son cou, juste là, près de la jugulaire pour sentir son coeur battre, ressentir le tristesse de cet homme pulser à l'unisson avec la sienne... Mais qu'étaient-là ces divagations? Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait tant envie de se rapprocher d'un inconnu, c'était insensé... et pourtant tellement indispensable. Le visage de cet homme reflétait tant de mélancolie, dans ses yeux étranges, bien sûr, mais aussi dans l'expression de ses lèvres, fines et bien dessinées, affichant ce doux sourire sans joie, si attendrissant. Ses pommettes saillantes, son nez fin, tout semblait être accordé à définir une infinie solitude... Qu'elle aurait tant aimé combler. Il semblait avoir une trentaine d'années, mais la sagesse de ses paroles et de son regard lui avaient parues séculaires.

Sa chevalière ornée d'un sceau familial et les boucles en argent de ses chaussures indiquaient une personne de haute lignée, ce qui lui laissa la sensation d'être encore plus misérable et qu'il lui serait à tout jamais impossible de se rapprocher de lui. Une larme lui échappa, elle ne put retenir un sanglot. Au même moment, il se retourna et la prit dans ses bras. Elle en eut le souffle coupé et le reste de ses larmes courru le long de ses joues, réchauffant sa peau glacée. Son étreinte était si chaleureuse mais elle sentait la froideur de sa peau à travers le tissu, aussi gelée que la sienne, mais certainement pas pour les même raisons lui sembla-t-il. De toute façon, cela lui était égal, elle pouvait mourir sur le champ, ses bras lui avaient apporté un ultime bonheur! Sa tristesse sembla s'évaporer les quelques secondes que cela dura, pour lui retomber au fond de la gorge telle une énorme pierre dès qu'il la lâcha. On ne lui avait plus témoigné d'affection depuis la mort de sa mère, il y a si longtemps, et, même là, ce n'était pas comparable, ce fut comme si Dieu lui même était venu aspirer ses angoisses pour un instant... Si court, malheureusement.

- Ne pleurez pas ainsi voyons, tout s'arrangera vous verrez. Dit-il au moment où il la relâcha tendrement.

- Comment? Je ne devrais même pas être ici, ce n'est pas correct.

- Voyons, cessez de penser cela, j'ai senti en vous plus d'intelligence que toutes celles de mon rang, comme vous dites, que j'ai pu connaître, de plus elles ne savent rien des véritables sentiments, tout est superficiel dans leur univers, un collier de diamants et une sucrerie suffisent à les consoler de la mort d'un proche. Elles pensent que les seules richesses sont matérielles et j'ai de plus en plus de mal à me fondre dans cette superficialité tant elle me répugne.

- Ô Seigneur! J'ai du mal à croire qu'une personne telle que vous puisse penser cela, c'est superbe et irréel en même temps.

- Vous êtes touchante. Vous savez, j'ai éprouvé plus de plaisir en notre brève conversation qu'en toutes celles que j'ai eu depuis bien des années. Il me semblait que l'être humain devenait de plus en plus insensible, même à l'opéra, rarissimes sont ceux qui viennent là pour apprécier la musique, tout n'est qu'apparat et intrigues amoureuses insipides. C'est pour cela, lorsque je vous ai aperçue sur les marches, je me suis dit qu'enfin un être réceptif à la musique existait et cela impliquait sûrement, enfin, une personne intéressante dans ce triste monde.

- Vous ne devriez pas me flatter ainsi, je ne suis qu'une vulgaire mendiante, je sais seulement lire et écrire, je n'ai pas étudié, je ne peux certainement pas vous captiver de la sorte.

- Ne vous rabaissez pas ainsi, il me semble que vous en savez plus sur la vie et les sentiments véritables que tous les soi-disant érudits que j'ai rencontré. C'est cela qui importe!

Le fiacre s'arrêta soudain. Une immense bâtisse s'élevait au-delà d'un sublime portail en fer forgé orné d'une tête de lion sur chacune des colonnes qui le soutenait. Une allée bordée de rosiers menait à l'escalier de l'entrée dont les rampes semblaient sculptées de feuilles d'acanthes. Le rayonnement de la pleine lune passait à travers le feuillage des marronniers encerclant le manoir, lui donnant l'aspect attirant et inquiétant des châteaux des contes surnaturels que lui lisaient sa mère.

- Venez ma belle enfant, nous poursuivrons notre conversation à l'intérieur.

Elle le suivit sans hésiter.

 

 

 

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Photo: Lucian (Michael Sheen) dans "Underworld" par Len Wiseman.


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Chapitre IV  posté le mercredi 17 juin 2009 22:58

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Il paya le cocher. Le pas des chevaux s'éloigna, les laissant seuls dans le silence et la paix nocturnes. Plus ils s'approchaient de la maison, plus elle semblait fantomatique. La lune paraissait n'être là que pour illuminer ce lieu de sa pâleur étrange et surnaturelle. Il ouvrit la lourde grille à l'aide d'une clé en argent ciselé, sortie de sa veste. Un grincement sinistre rempli le calme enténébré, rappelant le cri d'un damné.

- Suivez moi.

Le son de sa voix résonna dans la nuit telle une douce mélodie, contrastant avec le bruit terrifiant du fer grinçant. Il lui tendit la main comme s'il l'invitait pour une danse, elle hésita, puis la prit. La douceur glacée de celle-ci lui semblait si étrange, mais, finalement, tout ce qu'elle était en train de vivre ce soir l'était tellement que cela ne l'effraya nullement, elle trouva même que cela s'accordait parfaitement à ce lieu, froid mais si envoûtant. Ils avancèrent le long de l'allée, tels deux jeunes mariés vers l'autel. La douce brise nocturne diffusait le parfum enivrant des roses. Ils arrivèrent au bas de l'imposant escalier, elle s'arrêta, contemplant les détails de la sublime demeure, fleurs de lys sculptées au-dessus des fenêtres immenses, gargouilles grimaçantes aux coins du toit, porte massive en chêne ornée d'un étrange butoir imitant une main aux doigts décharnés. Elle se sentait si minuscule face à cette demeure que cela la fit frissonner.

- N'ayez pas peur, venez.

Il gravit les marches lestement, la laissant en bas, puis déverrouilla la serrure.

- Entrez, n'hésitez pas.

Elle le suivit à l'intérieur

- Comme promis je ne ferme pas la porte, êtes vous rassurée? Vous pourrez partir quand bon vous semblera.

- Je vous suis gré d'être si attentionné à mon égard, je serai vraiment impolie en partant maintenant, une telle hospitalité est si rare en ce triste monde, je ne peux la refuser.

- En ce cas venez vous restaurer.

Ils traversèrent l'immense hall d'entrée au sol dallé de marbre, puis passèrent dans un boudoir où les murs regorgeaient de dorures entrelacées et de tableaux aux natures mortes diverses, traversèrent une immense salle de bal ornée d'un lustre gigantesque aux pampilles de cristal reflétant la lumière argentée de la lune et lui donnant une luminosité encore plus éclatante.

- Cela fait bien longtemps que cette pièce n'a pas accueilli du monde. Dit-il avec tant de nostalgie qu'elle entendit un trémolo dans sa voix. J'espère y remédier un jour.

Ils débouchèrent sur l'arrière du manoir, passèrent dans l'immense bibliothèque aux rayonnages d'acajou bondés de livres sans âge et aux somptueux fauteuils en velours violet, puis arrivèrent dans la salle de banquet où un riche mobilier pouvait accueillir une dizaine de convives. Les murs étaient couverts de plusieurs portraits, des femmes et des hommes ayant tous un air de famille. Ils rejoignirent la cuisine attenante.

- Désirez-vous du pain et quelques fruits? Je ne peux vous proposer guère plus pour l'instant.

- Cela me suffira amplement, et cela sera toujours mieux que les morceaux de pain rassis dont je me nourris quand j'arrive à en trouver.

- Pauvre enfant, tenez, régalez-vous. Il lui tendit une grande tranche de pain frais et deux énormes pommes rouges.

- Oh merci! Elles ont l'air si appétissantes.

Elle dévora son improbable repas comme s'il eut été le dernier.

Quelque part, il l'était...

 

 

***

 

 

 

Photo par Simon Marsden.

 

 

 

 

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